mardi 15 décembre 2009

The Saboteur : S comme Zorro

Pour son dernier titre (littéralement), Pandemic offre une vision fantasmée et extrêmement romantique de la capitale, les aventures d'un résistant surhomme aux prises avec des nazis plus bêtes que méchants. Un peu bancal mais plutôt intéressant.


La fermeture d'un développeur de jeu quelques jours avant la sortie de son tout dernier titre est rarement très bon signe. C'est pourtant ce qui est arrivé à Pandemic, dans la foulée d'une réduction importante d'effectifs (1500 postes) décidée par la maison-mère Electronic Arts il y a quelques semaines. Non pas que l'on soit terriblement surpris : ni franchement horrible, ni sauvagement génial, le studio s'est fait connaître avec quelques productions sympathiques (Full Spectrum Warrior, Destroy All Humans !) sans jamais néanmoins parvenir à réellement se faire un nom, au contraire des cousins Bioware avec lesquels ils s'étaient associés en 2005. De Saboteur, on se souvient d'une présentation hallucinante à l'E3 dernier. Soi-disant basé sur le Paris occupé du début des années 40, le jeu empilait déjà avec enthousiasme des invraisemblances tellement énormes qu'elles en devenaient comiques : enseignes promettant du "pain délicieux" ou du "sexe bon marché", présence d'un red light district où les bars ressemblent à des saloons de westerns.

Saboteur, c'est d'abord un jeu qui fantasme complètement son sujet, de la géographie des lieux (la capitale entourée de montagnes, la Picardie juste derrière le périphérique…) à l'histoire de la Seconde Guerre Mondiale, en passant par la menace nazie. De Paris, Pandemic ne retient que l'ultra-superficiel et la carte postale : les néons – dont la présence est accentuée par la jolie charte graphique noir et blanc à la Sin City –, les toits brillants, les immanquables (Tour Eiffel, Montmartre…) et l'indispensable accordéon dans la bande-son. Le choix du GTA-like, lui, estompe les efforts de la Résistance en tant qu'entité globale au profit des exploits d'un seul (sur)homme, mercenaire surdoué auquel rien ne semble résister. On le verra donc avec incrédulité faire exploser tourelles et blindés à lui tout seul, étaler des nazis en pleine rue sans que personne n'y trouve à redire, décimer des patrouilles entières avec à peine une égratignure, ou déjouer le Reich tout-puissant lancé à ses trousses en cherchant refuge dans un simple cabanon.

Il y a du coup quelque chose de très romantique dans la vision de Pandemic ce qui, en termes de jeu, n'est pas complètement déplaisant. Evoquant une version moins aboutie techniquement mais plus chaleureuse d'Assassin's Creed, le joueur arpente les rues et les toits parisiens à la recherche de mitrailleuses sol-air ou de radars, s'arrêtant occasionnellement sur le chemin pour délivrer une belle demoiselle harcelée par un soldat nazi, tel un Zorro résistant. L'intelligence artificielle, niveau Sergent Garcia, facilite grandement la tâche : régie par des règles simplistes, elle ne s'affole que très modérément (qu'il y ait corps en pagaille au sol ou structures démolies) pourvu que le joueur soit hors de sa "zone de suspicion", myope au point de parfois s'arrêter à quelques mètres à peine de la scène du crime, permettant par exemple au joueur de sniper dans une scandaleuse impunité en un minimum d'effort.

Tout cela n'est pas désagréable : les missions sont plutôt intéressantes, le pilotage de véhicules surprend par son répondant, et un système de méta-objectifs avec récompenses "tangibles" (voitures, coups supplémentaires…) apporte un peu de structure au "bac à sable" traditionnel de l'open world, en plus des multitudes de cibles libres à détruire. Quelques bugs plus drôles que méchants subsistent (soldats volants ou à moitié ensevelis dans le sol, gestionnaire de collisions pétant soudain les plombs) – le jeu en devient presque touchant. Car c'est un peu cela Saboteur : ni franchement horrible, ni sauvagement génial, mais avec le charme sincère de ceux qui ont donné tout ce qu'ils ont pu, jusqu'à exposer les limites supposées de leurs compétences, pour concrétiser une poignée de bonnes idées. Pour des seconds couteaux, on fait pire comme épitaphe.

8 commentaires:

naiké a dit…

Quand on voie avec quel serieux ils ont traité la géographie de Paris et de la France on peut se dire que le scénario douteux de mercenarie 2 n'était pas forcément intentionnellement provocateur.

Mercenerie 2 placait le joueur dans un venezuela en proie a un dictateur utilisant le pétrol pour son propre pouvoir. Sachant que c'est une accusation que l'on porte souvent au président actuel du venezuela, Hugo Chavez, on pouvait se demander si c'était intentionel. Mais a voir avec quel sérieux ils ont transcris le Paris des année 40, je dirais avec du recul que c'était du mauvais gout pour mercenarie 2. Dommage pour eux peut etre que si ils avaient demandé de l'argent au sénat américain pour mercenarie 2, ils auraient put avoir des aides vus que leur jeux déployaient l'image que voulait véhiculé le gouvernement de l'époque.

Dommage car le studio ne semblait pas dénué de talent, mais il leur manquaient certainement quelque chose qui leur aurait permit de sortir de l'ordinaire...

scanny a dit…

Chavez n'est rien d'autre qu'un clown utilisant le pétrole et les USA auraient plus que raison de le descendre.

Quant à ce Saboteur: pétard mouillé comme souvent. A se demander si les éditeurs ne devraient pas sortir leurs jeux par surprise, ça se vendrait aussi mal, et sans décevoir.

naiké a dit…

C'est bizarre mais je ne suis meme pas surpris de ton commentaire scanny.

Et je ne voie pas pourquoi tu dis que les USA devraient descendre un président elus démocratiquement par les vénézuélien. Ne crois-tu plus en la souveraineté national, ou encore défends tu les interet US au détriment du reste de la planete ?

Numerimaniac a dit…

"Pour des seconds couteaux, on fait pire comme épitaphe."

Ahh! Ces petites phrases finales qui vous font passer des petits picotements le long de l'échine.

Bel article, tout en mesure.

pascale a dit…

Bonnes fetes a vous Overjeu !!

scanny a dit…

naiké: il convient de souligner que si Chavez avait les moyens de descendre les USA, il ne se priverait pas non plus! mais mon commentaire était plus une réaction épidermique à ton premier commentaire, qui sous entendrait que chavez n'était pas un dictateur (être de gauche ne le dispense pas de ce titre) maniant le pétrole à sa guise!
Il m'a certes fait rire plus d'une fois car son caractère est très agréable, c'est ce qui fait toute sa popularité, mais rien de plus que de la poudre aux yeux.

naiké a dit…

Scanny: Je suis d'accord avec toi sur un point etre de gauche ne dispense pas d'etre un dictateur. Meme si celon moi etre vraiment de gauche ce n'est pas etre dictateur.

Par contre Chavez n'est pas un dictateur. Et je te soupçonne d'etre tres mal informé sur la réalité du vénézuela. Je ne veux pas rentrer en polémique ici sur le venezuela, mais je dirais quand meme une chose, dans quelle dictature on peut appeller au meutre du président sur la plus importante chaine de télé dans la plus grande impunité?

Damien a dit…

Marrant comme quoi un jeu peut être peu aimé par la critique à sa sortie et finalement finir par être un des "coups de coeur" de l'année (je parle de plusieurs sites internet).

J'aime ce Paris carte postale façon Hollywood (et attention, j'étais ébahit par MSR et sa reproduction Londonienne au poil de cul, avec Pizza Hut au bon endroit), pis les monuments ressemblent un minimum. Et franchement, que la géographie soit pas correcte, on s'en fiche non ? Après tout, Indiana Jones a bien mis son graal à Petra et personne s'en est plaind. Et c'est un jeu vidéo ! Pas un guide touristique !

J'aime ce côté Serial, ces méchants Nazis, les attaques sur un train, les poursuites en voiture, les fesses rebondies; et une oeuvre qui commence par une grande référence à Mafia ne peut pas être mauvaise non ?